Noms en -z et -x

En arpitan les mots possèdent une syllabe qui est tonique, c’est-à-dire dont la prononciation est un peu plus renforcé que les autres syllabes. En général cette syllabe tonique est soit la dernière soit l’avant-dernière. Par exemple, en arpitan les mots ârma (arme) et armâ (armée) se prononcent pareils, mais se distinguent par leurs syllabes toniques : pour le premier il faut renforcer la prononciation de la première syllabe, et pour le deuxième la dernière syllabe. Pour marquer cette distinction une convention est apparue en Savoie au Moyen-Age : ajouter un z quand la syllabe tonique est l’avant-dernière, et un x quand c’est la dernière. Les z et finales ne doivent pas être prononcés, mais ne servent qu’à marquer l’emplacement de la syllabe tonique. Ainsi la commune de Marnaz (Haute-Savoie) se prononce en arpitan /márnɑ/, avec un premier a tonique et un deuxième a atone. Cette convention n’est plus utilisée pour écrire l’arpitan aujourd’hui, mais subsiste en français pour écrire des toponymes et anthroponymes d’origine arpitane.

Communes en -az et -oz. Source : Etude FORA (2009).

Source : Etude FORA (2009).

En français les voyelles finales atones ont connue deux mutations. D’abord elles sont devenues /ə/, puis elles ont tout simplement disparues. C’est pourquoi les mots féminins, signalés par un a dans la plupart des langues latines, sont représentés par des e silencieux en français. Ainsi arme, qui se prononçait /áʁmə/ en ancien français (avec une e finale atone), se prononce aujourd’hui /aʁm/. Les mots arpitans, lors de leur francisation, ont connu deux sorts. Certains ont changé de prononciation (en règle avec les évolutions du français) et d’orthographe : ainsi la commune valaisane d’Isérabloz, avec un o final atone, est devenue Isérables. Mais d’autres communes ont connu le changement de prononciation sans un changement d’orthographe  c’est pourquoi Marnaz se prononce /marn/.

Or il s’avère que de nos jours de plus en plus de personnes, souvent par méconnaissance, prononcent les a finales, voire même les az. Ainsi si vous prenez le train de Chambéry à Lyon pour écouter un opéra, vous allez passer par Saint-André-le-Gaze pour écouter Bérliose (Gaz et Hector Berlioz, qui devraient être prononcés /ga/ et /bɛ́ʁljo/). Ce changement de prononciation a un accueil diversifié : certains l’acceptent comme une évolution naturelle, certains y voient un signal habile que vous êtes en train de parler avec quelqu’un qui n’est pas du coin, et certains y résistent farouchement. Pour éviter les mauvaises prononciations, la commune d’Argonnex (Haute-Savoie) a même changé de nom en 1971 pour devenir Argonay, tout comme Arnaz et Donnaz (Val d’Aoste), devenues Arnad et Donnas en 1976.

 

Pour aller plus loin

  • Guichonnet, Paul (1951). La toponymie savoyarde et les nouvelles cartes de l’Institut Géographique National. Revue de géographie alpine, №39-1, pp. 201-211. Disponible ici : persee.fr/ … 1_num_39_1_4264.
  • Aliance Culturèla Arpitanna. Toponymie arpitane: les noms en -oz, -az, -ex, -ix. Disponible ici : arpitania.eu/ … onymie-arpitane.
  • Denarié, Henri (2007). Berlioz ne rime pas avec myxomatose. La Voix des Allobroges, №13, été 2007. Disponible ici : lavoixdesallobroges.org/ … ation-en-savoie.
  • C. H. (2011). La bataille des “z” et des “x” ou comment prononcer les noms savoyards. L’Essor savoyard. 29 décembre 2011. Disponible ici : lessorsavoyard.fr/ … omment_pr.shtml.
  • Lécoyer, Amélie (2011). Petite leçon de prononciation pour les nuls. Le Messager. 22 décembre 2011. Disponible ici : lemessager.fr/ … our_les_n.shtml.
  • Tuaillon, Gaston (2011). Prononciation des noms arpitans (savoyards et suisses) [vidéo]. Disponible ci-dessous.