Évolution de -(i)acum

Les origines de -(i)acum

Communes françaises en -eu et -eux. Remarquez un forte concentration autour de Lyon. Source : Damouns, Wikimedia Commons.

Communes françaises en -eu et -eux. Remarquez un forte concentration autour de Lyon. Source : Damouns.

Le suffixe romain ‑acum remonte à la celtique ‑āko(n) et dénote la possession. Ainsi apriacum signifie le domaine d’Aprius, nom qui a évolué en Avrieux (Savoie). Parfois ce suffixe s’est associé avec le latin ‑ius pour donner ‑ius + ‑acum‑iacum, ce qu’avec l’amuïssement du m en latin tardif nous a donné ‑(i)acu. De là ce suffixe s’est transformé dans une multitude de formes ; voici les principaux suffixes qu’on trouve en français dans la zone de langue arpitan (prononciation entre crochets) :

  • -as [a] : Odenas, Ayas
  • -at [a] : Jayat, Viriat
  • -ex [e] : Copponex, Morgex, Bernex
  • -ey [e] : Augisey, Ferney, Conthey
  • -ieux-eux ou -ieu [jø] : Avressieux, Lérigneux, Meyzieu,
  • -ier [ie] : Jarrier, Cercier
  • -y [i] : Annecy, Martigny

La forme en ‑(i)eu(x) est particulièrement caractéristique de l’arpitan des régions autour de Lyon. Or il s’avère que plusieurs communes drômoises occitanophones portent aussi cette terminaison (dont Clérieux et Génissieux). Il se peut que ces communes ont été arpitanophones dans le passé, avant de basculer vers l’occitan.

Les formes arpitanes de -(i)acum

Depuis le 16è siècle le français et l’italien sont devenus les seules langues employées par les documents administratifs, qui utilisent des versions francisées et italianisées des toponymes – et ce sont ces formes qui ont été présentés ci-dessus. Le plus souvent les caractéristiques générales d’un toponyme ont été gardés, mais la sonorité a été adapté au français et à l’italien. Ainsi les formes arpitanes de ‑(i)acum sont souvent similaires, mais légèrement différentes, des formes françaises. Voici les suffixes arpitans issus de ‑(i)acum :

  • : Frontenâ (Frontenex), Odenâ (Odenas)
  • : Martinyê (Martigny), Mentonê (Menthonnex), Sarcê (Sarcey)
  • -i : Èneci (Annecy), Cèrci (Cercier), Lerenyi (Lerigneux)
  • -iê : Lissiê (Lissieu), Jarriê (Jarrier)
  • -iô : Avriô (Avrieux), Mexemiô (Meximieux), Condriô (Condrieu)
  • : Conjô (Conjux), Ralyô (Rillieux)

Le suffixe ailleurs

Dans les régions où plusieurs langues co-existent il y a souvent diverses formes de ‑(i)acum, le résultat d’évolutions parallèles. Ainsi la ville de martiniacum est appelé aujourd’hui Martigny en français, Martinyê en arpitan, et Martinach en allemand. Sur la frontière entre le breton et le gallo, laudiacum nous a donné Loudéac en français, Loudia en gallo, et Lodaog en breton. D’une manière similaire rubiacum nous a donné, selon la région : Robiac (Gard), Roubia (Aude), Rouffach (Haut-Rhin), Rougé (Loire-Atlantique), Royat (Puy-de-Dôme), Royas (Isère), etc.

En français :

  • -ac : Cognac (Charente), Armagnac (Gers), Ruffiac (Morbihan)
  • -ai : Tournai (Hainault), Courtrai (Flandre-Occidentale)
  • -ay : Habay (Luxembourg belge)
  • -at : Bugeat (Corrèze), Auzat (Ariège)
  • : Connerré (Sarthe), Thorigné (Deux-Sevres)
  • -ey : Mélisey (Haute-Saône), Sorbey (Moselle)
  • -ies : Soignies (Hainaut)
  • -y : Vitry-le-François (Marne), Silly (Hainault), Embry (Pas-de-Calais)

En occitan :

  • -ac : Armanhac (Gers, en français Armagnac), Bujac (Corrèze, en français Bugeat), Robiac (Gard)
  • -at : Ausat (Ariège, en français Auzat), Roiat (Puy-de-Dôme, en français Royat)

En gallo :

  • -ia : Rufia (Morbihan, en français Ruffiac), Loudia (Côtes-d’Armor, en français Loudéac)

En néerlandais :

  • -ake(n) : Bastenaken (en français Bastogne)
  • -eke : Sperleke (Pas-de-Calais, en français Éperlecques), Embreke (idem, en français Embry)
  • -ik : Doornik (en français Tournai), Opzullik (en français Silly), Zinnik (en français Soignies)
  • -ijk : Kortrijk (Flandre-Occidentale, en français Courtrai)

En allemand :

  • -ach : Martinach (Valais, en français Martigny), Rufach (Haut-Rhin, en français Rouffach)
  • -ich : Habich (Luxembourg belge, en français Habay)

En breton :

  • -ieg : Rufieg (Morbihan, en français Ruffiac)
  • -ag : Kervignag (Morbihan, en français Kervignac)
  • -aog : Lodaog (Côtes-d’Armor, en français Loudéac)

En gallois :

  • -og : Ffestiniog (Pays de Galles)

Carte de lieux mentionnés

Tous les lieux mentionnées ci-dessus sont sur cette carte :

  • En vert si elles ont été mentionnés pour une langue,
  • En bleu si elles ont été mentionnés pour plusieurs langues.